Washington, Pékin et … Bruxelles

Au cours de cette rentrée parlementaire, s’est déroulée à Bruxelles une bien intéressante réunion entre les députés et les Ambassadeurs de l’UE répartis à travers la planète. Peu à peu, la diplomatie de l’Union prend sa place. Certes, les dissensions entre États membres ne favorisent pas toujours une stratégie à la hauteur des enjeux. Il est bien difficile de représenter à la fois la vision de Paris, de Berlin et de … Budapest. Mais ce n’est pas du tout l’objectif de ces diplomates. C’est la vision unie, élaborée collectivement à 28, qu’ils défendent, ainsi que bien entendu les acquis européens dont ils doivent faire la promotion et qu’il nous arrive nous-même de sous-estimer : les valeurs fondamentales de l’Union, les droits de l’Homme et du citoyen, la force de notre monnaie unique, le champ devenu si large de notre marché unique, nos règlementations environnementales, les accords commerciaux avec les autres partenaires, …

Deux interventions m’ont particulièrement marqué : celle de l’Ambassadeur de l’Union auprès des États-Unis et celle de celui qui nous représente au sein de l’Organisation mondiale du commerce. Je retiens l’idée dominante affirmée par l’un et l’autre de ces diplomates, que je souhaite vous partager ici.

Le monde d’aujourd’hui, que tous s’accordent à reconnaître multipolaire, est structuré en plusieurs cercles. Le plus important de tous, le plus puissant n’est actuellement composé que de trois super-puissances : les États-Unis, la Chine et … l’Union européenne. Bien sûr, d’autres très grands pays font entendre leur voix et l’on se doit d’en tenir compte : la Russie, bien sûr, mais aussi l’Inde, le Canada, le Mexique et bien d’autres encore. Il n’empêche, ils font partie du second rang et leurs stratégies internationales se positionnent – ce n’est pas un hasard – par rapport aux « big three » énoncés plus haut.

Le pouvoir tel que l’exerce Donald Trump à Washington éclaircit au moins les choses à cet égard. Ses formules agressives, ses menaces plus ou moins crédibles, ses sanctions, cherchent à viser les deux autres très grandes puissances que sont la Chine et l’Union européenne, les deux vrais concurrents directs. Mais pour nos diplomates, il ne faut pas se tromper : la nouvelle administration américaine – au moins celle que contrôle et qui obéit au chef de la Maison Blanche – ne fait qu’affirmer au grand jour ce que l’élite politique et économique américaine cherche à imposer depuis bien longtemps déjà, peut-être plus subtilement par les précédents occupants de la Maison Blanche.

S’ils sont officiellement nos alliés au sein de l’OTAN, s’ils s’affirment défenseurs du monde libre, les États-Unis veulent endiguer la puissance européenne. Bien qu’ils ne sont plus les gendarmes de la planète, les Américains veulent rester les maîtres de la régulation du monde. Pour eux, c’est autour de leurs analyses et décisions que la mondialisation devrait s’agencer. D’où leur irresponsable retrait de l’accord de Paris sur l’écologie, ou leur retrait unilatéral de l’accord sur le nucléaire iranien.

Et voici le point central du raisonnement qui nous concerne directement : l’Europe n’arrive pas à croire en sa force, ne se rend pas compte du poids qu’elle pèse déjà dans ce match à trois et de celui – plus important encore – qui pourrait et devrait être le sien. Selon son évolution dans les prochains mois et les prochaines années, l’Europe, je l’espère, reconnaîtra sa force et développera son influence ou bien au contraire jouera une fois encore le rôle d’un partenaire mou, divisé, toujours en retard.

Soyons clair, le monde n’a jamais eu autant besoin d’une Union européenne forte et unie. Aucun analyste de géostratégie, où qu’il soit, ne néglige ce qui peut être décidé à Bruxelles. Si l’on voulait s’en convaincre, il suffirait d’écouter les grandes chaînes d’information continues américaines qui rendent compte scrupuleusement des principales décisions européennes mais qui ne tiennent guerre compte des actions des États pris individuellement. Pour les Américains, une Europe qui tient tête aux Britanniques dans les négociations du Brexit et qui force Google à modifier ses pratiques est un avertissement qui ne trompe pas. Nous qui voyons en ce moment une Europe menacée par la montée des populismes, par l’impopularité du technocratisme bruxellois, par la méfiance grandissante à l’égard du fédéralisme, ne devons ni céder au défaitisme, ni perdre espoir. En quelques décennies, l’Europe est bel et bien devenue l’une des 3 méga-puissances de la planète. Face aux trois défis majeurs des années à venir : la sauvegarde de la planète, la paix dans le monde, la réduction des inégalités économiques, c’est l’Europe qui a les plus belles propositions à formuler. Elle ne doit souffrir d’aucun complexe, comprendre l’enjeu de sa mission historique et l’assumer. Et nous, les citoyens, devons avoir les idées claires, privilégier ce qui renforce notre Union et rejeter ce qui l’appauvrit et la divise.

Robert Rochefort
Député européen

Brèves

Réforme du droit d’auteur : une étape franchie

Après des années de travail, le Parlement a adopté la réforme du droit d’auteur afin de mettre à jour sa position sur la législation existante, devenue inadaptée à l’ère numérique. L’objectif de cette refonte est d’apporter des avantages tangibles aux citoyens de l’Union, aux chercheurs, aux écrivains, aux artistes, à la presse et aux institutions du patrimoine culturel. Il est temps de replacer la création au centre de la chaîne de valeur et de favoriser la redistribution des richesses qui sont en grande partie accaparées par les géants du numérique. La large majorité obtenue donne un mandat clair aux négociateurs et permettra d’aborder les tractations avec le Conseil sur des bases solides.

 

Discours annuel sur l’état de l’Union

Le Président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, s’est prêté à l’exercice annuel du discours sur l’état de l’Union. Cette allocution, tournée vers l’avenir, nous rappelle que la tâche reste importante. Le Président a formulé en ce sens une série de nouvelles propositions à laquelle la délégation française du groupe ADLE a apporté son soutien entier, comme passer de l’unanimité à un vote à la majorité qualifiée au Conseil en matière de politique extérieure, approfondir l’union économique et monétaire, ou encore coordonner les droits d’asile et d’accueil, conjointement à des contrôles renforcés à nos frontières.

Cliquez ici afin de consulter le communiqué de presse de la délégation française ADLE

 

Le Parlement lance la procédure de sanction contre Viktor Orbàn

Face aux dérives du pouvoir incarné par Viktor Orbàn en Hongrie, Robert Rochefort a soutenu le déclenchement de l’article 7 du traité sur l’Union européenne. Il revient maintenant aux États membres, après avoir entendu les autorités hongroises, de prendre leurs responsabilités et d’établir si la Hongrie a violé les valeurs de l’UE. Il s’agit encore de la phase préventive de cette procédure, enclenchée pour la première fois par le Parlement, qui permet un dialogue avec le pays concerné et vise à éviter de possibles sanctions qui ne sont certainement pas à exclure, vu le risque sérieux de violation par la Hongrie des droits fondamentaux et des valeurs de l’Union.

 

Lancement d’une nouvelle initiative pour les jeunes européens

Le Corps européen de Solidarité va offrir à environ 100 000 jeunes âgés de 18 à 30 ans la possibilité de participer à des projets de solidarité dans toute l’Europe. Ils pourront ainsi acquérir des expériences et contribuer à la société par des actions de volontariat, des stages et des emplois dans plusieurs domaines. Robert Rochefort s’est exprimé à cette occasion : « l’augmentation de budget obtenue par rapport à la proposition de la Commission est une victoire, même si nous aurions souhaité davantage. Nous continuerons à veiller à ce que l’investissement européen en faveur de la jeunesse soit suffisant et resterons attentifs au déploiement de ce programme pour la période 2021-2027, actuellement en discussion ».

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Lutte contre la barbarie en Iran

Ahmad Djalali, docteur en médecine, a été arrêté en Iran pour « espionnage ». Suite à ces accusations, il a été condamné à mort sur base de déclarations obtenues sous la torture. Après 26 mois d’emprisonnement, Robert Rochefort et certains de ses collègues de l’Alliance des Démocrates et Libéraux Européens ont demandé à Mme Mogherini les actions menées pour remédier à cette situation. Elle les a assurés que l’UE suivait le dossier depuis l’arrestation de M. Djalali et avait pris contact avec les autorités iraniennes pour leur faire part de ses vives préoccupations. La Haute représentante a ajouté que l’Union continuerait à faire pression par toutes les voies de communication existantes face à cette décision inacceptable.

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