Réfléchir et agir ensemble : Parlementaires nationaux et européens

La semaine passée eurent lieu à Bruxelles les rencontres interparlementaires, rendez-vous annuel permettant aux élus européens et nationaux de dialoguer directement, en toute liberté. L’exercice est plus que nécessaire, il est indispensable tant les eurodéputés et les parlementaires nationaux ont souvent l’impression d’être incompris les uns des autres. Les premiers reprochant, non sans raison, aux seconds de les mépriser, de les ranger dans le fourre-tout des eurocrates bruxellois tellement éloignés du terrain. En retour, les élus des chambres nationales nous font le reproche de faire peu de cas de leur avis, de penser qu’ils ne sont en fonction que pour « transposer » les directives que nous votons afin de les introduire dans les droits nationaux.

Cette année le débat portait sur la gouvernance économique au sein de l’Union. Après 9 années de crise financière puis économique sans précédent depuis les années 1920,  il convient de gérer le présent, de préparer l’avenir en consolidant les nombreux instruments improvisés dans l’urgence et qui ont joué leur rôle en empêchant l’éclatement de l’Union ainsi que la faillite de l’Euro. Comment renforcer ce qui existe déjà et le compléter à bon escient ? Je vais prendre ici deux exemples abordés au cours de ces échanges.

La création d’un véritable Fonds Monétaire Européen (FME) tout d’abord. Quand il a fallu faire face à la crise systémique dans les États les plus atteints, l’Union a été incapable de mobiliser à elle seule les moyens nécessaires. On se rappelle comment le FMI fut appelé à la rescousse dans la crise grecque et comment sa façon d’intervenir fut ensuite vivement critiquée. Les Grecs ont fait le choix courageux de rester dans la zone euro et d’accepter pour cela une bien complexe tutelle, couramment appelée « Troïka », qui réunissait FMI, Banque Centrale Européenne et Commission Européenne. Face à une crise future, les Européens se doivent de bâtir leurs propres instruments qui leur soient propres afin de garantir leur autonomie c’est-à-dire la pleine maîtrise de leur destin.

Mais sur quel modèle bâtir ce FME ? C’est là que les avis divergent. En forçant un peu le trait, on pourrait dire que les pays du Sud de l’Europe et les sociaux-démocrates opteraient pour une organisation à l’écoute de l’assemblée des peuples, qui s’inspire des orientations politiques des parlements nationaux et du Parlement européen tandis que les forces politiques de droite et les libéraux d’une part, et les pays « orthodoxes » sur le plan financier comme l’Allemagne d’autre part, veulent davantage une stricte indépendance de la structure nouvelle agissant selon ses critères propres, évidemment adoptés en amont par les pays membres. Cette deuxième forme nous rapprocherait plutôt du mode de fonctionnement actuel du FMI ou, déjà en Europe, de la BCE. Ce débat est difficile à trancher mais il doit avoir lieu et aboutir à des recherches de compromis permettant des décisions au plus vite.

Second sujet de débat entre parlements nationaux et européens : la croissance est de retour en Europe et le chômage recule, mais tout ne va pas bien pour autant. Partout, les inégalités se sont accrues et l’embellie actuelle ne les fera pas se réduire, bien au contraire. Inégalités entre pays membres, entre régions européennes et surtout entre groupes sociaux, l’Union doit réagir. La convergence souhaitable des politiques économiques doit s’accompagner d’un important volet social. On se rappelle que le 17 novembre dernier à Göteborg en Suède, les chefs d’État et de gouvernement ont approuvé à l’unanimité « le Socle européen des droits sociaux » dont nous avons déjà fait état, ici même, dans une newsletter précédente. Mais les bonnes intentions ne suffisent pas. Le temps de l’action est arrivé. Une avancée consiste déjà à intégrer des indicateurs sociaux au sein du « Semestre européen », c’est-à-dire lors de l’examen annuel de la croissance en Europe détaillé pays par pays, après transmission à la Commission européenne des prévisions nationales par chaque État membre. C’est dans ce cadre qu’un tableau de bord composé de 14 données clés à caractère social doit permettre de mesurer les progrès réalisés, notamment pour favoriser l’emploi des jeunes ou pour lutter contre le chômage de longue durée. Pour la première fois cette année, ces éléments ont été intégrés dans les évaluations annuelles publiées dans le processus du Semestre, donnant la mesure précise des performances de chaque État membre en ce qui concerne le socle européen des droits sociaux.

Dans la crise, et même si ce fut de façon imparfaite, nous avons su être solidaires. L’Union européenne se doit de transformer cet essai afin que nous le soyons davantage encore une fois la croissance de retour. Selon un proverbe polonais rappelé par l’un de nos collègues, c’est « en été sous le soleil qu’il faut réparer la toiture et la préparer à l’hiver prochain ». Ici, il s’agirait plutôt de profiter d’un « printemps de la conjoncture » pour faire en sorte que l’été soit là, c’est-à-dire que l’économie sociale de marché soit pleinement inclusive et bénéficie à tous les Européens. C’est-à-dire aussi et surtout à tous ceux qui sont aujourd’hui en situation précaire ou dans la pauvreté. Avouons-le, nous en sommes encore très loin.

Robert Rochefort
Député européen

 

Brèves

De futurs journalistes au Parlement européen

Robert Rochefort a accueilli à Bruxelles un groupe d’étudiants en journalisme en provenance de Toulouse. Moment de débat passionnant avec des jeunes curieux et enthousiastes. Les questions sont pointues et portent sur différents sujets : l’actualité de la commission emploi et affaires sociales, le rôle du couple franco-allemand dans l’Union européenne ou encore l’émergence du compromis politique au sein du Parlement. En tant que futurs journalistes, ils sont bien conscients du rôle qu’ils auront à jouer pour faire connaître l’action de l’Union européenne.

 

Échange de vues avec l’ambassadeur de Tunisie auprès de l’Union

Robert Rochefort s’est entretenu avec l’ambassadeur Tunisien auprès de l’Union européenne, qui fut l’occasion d’évoquer le mouvement social début 2018, ainsi que les dossiers d’intérêt discutés lors de la session plénière de février. En particulier, fut évoquée l’inscription de la Tunisie sur la liste des pays considérés comme étant exposés au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme. Robert Rochefort a rappelé son opposition à cette inscription, sachant que la Tunisie déploie actuellement des efforts pour se conformer aux exigences de l’Union et renforcer son système financier contre les activités criminelles, tout cela à un moment où l’expérience démocratique tunisienne est confrontée à des défis majeurs.

 

Robert Rochefort interroge la Commission à propos des micro-plastiques

L’Europe est loin d’être épargnée par la présence des microparticules de plastique dans l’eau courante : les tests effectués sur son territoire ont démontré que ces microparticules se trouvaient dans 72 % des échantillons examinés. Robert Rochefort, inquiet par rapport à ce phénomène de santé publique, a interpellé la Commission européenne concernant l’effet de ces substances sur la santé humaine. Le 16 janvier 2018, la Commission européenne a adopté une nouvelle stratégie sur la matière plastique limitant l’utilisation intentionnelle des microplastiques. Cliquez ici pour retrouver son communiqué de presse.

Francophonie : rencontre avec M. Stéphane Lopez, représentant de l’OIF auprès de l’UE

Robert Rochefort a rencontré M. Stéphane Lopez, Ambassadeur, Représentant de l’Organisation Internationale de la Francophonie auprès de l’UE, donnant l’occasion de rappeler les fonctions et missions de l’OIF depuis sa création en 1970 en tant qu’institution multilatérale, ainsi que l’abondance d’États européens membres de cette organisation.
Le rendez-vous s’est concentré sur les moyens d’améliorer le rayonnement de l’organisation au niveau européen. L’échange a ensuite porté sur le dialogue entre les cultures que pourrait générer une fédération des forces francophones du Parlement et des institutions européennes.

 

Remise en question de l’heure d’été

Le système actuel d’heure d’été a été remis en cause par le Parlement européen. Robert Rochefort estime qu’il ne produit en réalité que des gains énergétiques marginaux, en plus de causer des problèmes de santé publique, de sécurité routière et d’avoir un impact négatif sur les élevages. Le Parlement a décidé de commencer par une étude pour évaluer davantage les effets de ce changement d’horaire et d’éventuellement envisager, sur base des résultats, de mettre fin au système. C’est un début. Mettons fin à ce système !

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