Made in France : « Je ne connais de pays au monde qui ait des exportations industrielles fortes sans qu’il y ait une fierté du label de production nationale chez ses propres consommateurs. »

Robert Rochefort répond aux questions d’EcoSocioConso, site d’information consacré à la consommation:

Comment est-ce que vous définiriez aujourd’hui le made in France ? Ne peut-on pas plus le voir comme une stratégie de marketing ou bien comme un moyen de communication pour les hommes politiques plutôt qu’une réelle politique industrielle ?

Au contraire, je pense que c’est l’une des stratégies pour reconquérir l’industrie. La question est plutôt celle de savoir comment s’y prendre. Je dirais pour cela qu’il faut commencer par le « petit bout ». C’est-à-dire, ce qui va rendre possible le redémarrage de petites séries de production de qualité totalement disparues en France.

Ainsi, au niveau purement industriel, nous avons des capacités, notamment grâce aux innovations. Il est alors possible de fabriquer des objets sans faire appel à une main d’œuvre massive. Cela va de l’horlogerie qui redémarre, aux accessoires de cuisine, en passant par les vêtements et le tissage technique assez haut de gamme. Finalement, c’est une stratégie qui permet de faire renaitre des petites poches progressives en France. Il est particulièrement intéressant de s’appuyer sur des traditions, comme l’horlogerie à Besançon par exemple, où un savoir-faire persiste, où des formations existent.

Le propos n’est pas de dire qu’on va tout fabriquer à nouveau en France. Il est juste dommage de constater un certain abandon dans tous les secteurs alors que la production serait possible.
Le propos n’est pas de dire qu’on va tout fabriquer à nouveau en France. Il est juste dommage de constater un certain abandon.

On parle beaucoup de savoir-faire ancestraux, mais que pensez-vous du High-tech ? Est-ce qu’investir dans ce domaine à un sens ? Qu’en est-il du made in Europe ?

En réalité, il y a une question d’échelle qui se pose pour les différents produits. On sait même qu’il y des made in régionaux. Dans cette même optique, il peut aussi y avoir des made in qui seraient légitimes au niveau européen.

Je pense même qu’il y a un certain nombre de produits pour lesquels il faudrait passer au made in Europe.

 

Vous avez un exemple ?

Airbus est le parfait exemple. C’est le produit technologique sur lequel l’Europe a le mieux réussi.
Nous avons ce bel exemple et pourtant on a du mal à le reproduire : sur les Trains à grande vitesse, on a perdu des parts de marché à cause des protectionnismes français et allemand : Alstom était la vitrine du made in France et Siemens celle du Made in Germany. C’est totalement absurde ! Il faudrait au contraire mettre nos forces en commun.

 

Il existe très peu de chiffre concernant le Made in France. Peut-on vraiment dire qu’on assiste à son retour ? Finalement est ce que le coût du made in France ne freine pas sa consommation ?

Malheureusement, la progression visible du Made in France ne doit pas cacher le fait qu’on perde tout de même du terrain.

Nous sommes au tout début d’un processus qui va être lent et il faudra une transition adaptée.
Par exemple, pour le prix, on sait donc que 10% plus cher, c’est très difficile. Mais si on oblige des garanties légales pour des produits à plus longues durées de vie, alors on favorise les produits de qualité et donc le Made in France. C’est clairement le cas si on les compare aux produits made in China qui auront une durée de vie beaucoup moins longue.

Je le répète, on est au début d’un processus, mais il y a encore plein d‘étapes à réaliser

Une minorité de consommateurs est intéressée par le bio, mais ça n’empêche pas de dire que c’est une tendance de consommation. Pour le Made in France, c’est pareil.

 

Finalement, est ce que le grand public est directement touché par le made in France ? Les Français ont-ils un vrai intérêt pour le Made In France ?

Oui, toutes les enquêtes le prouvent. Cependant, il ne faut pas attendre que 100% des Français soient intéressés. À titre comparatif, une minorité de consommateurs est intéressée par le bio, mais ça n’empêche pas de dire que c’est une tendance de consommation. Pour le Made in France, c’est pareil. Il s’agit d’une minorité active.

 

Le made in Germany peut-il être un exemple pour la France ?

Bien entendu ! La différence fondamentale réside dans le fait que les Allemands sont fiers de fabriquer chez eux. Le Made in Germany n’est pas une conséquence de la crise mais une fierté nationale. Pour la France, c’est différent. Il y a 25 ans, nous avons renié notre production industrielle et on a même été attiré par les made in étrangers, dont le made in Germany.

C’est là, la grande différence. Je ne connais de pays au monde qui ait des exportations industrielles fortes sans qu’il y ait une fierté du label de production nationale chez ses propres consommateurs. Les Américains, les Japonais, les Coréens et les Allemands sont fiers de leurs produits. Il faut donc que les Français soient également fiers des produits français.

Et ça se voit avec l’agroalimentaire! Si on exporte aussi bien nos spécialités, c’est parce qu’on est très fier de nos produits dans ce domaine. Il en est de même pour le luxe, la maroquinerie, les cosmétiques. Autrement dit, on ne peut pas exporter sans défendre une fierté nationale chez ses propres consommateurs.

 

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