L’Italie doit se ressaisir

Alors que les négociations du Brexit sont au point mort et que plane le risque effrayant d’un « no deal », une autre crise violente vient de s’ouvrir en Europe avec l’Italie. La politique budgétaire concoctée par la coalition populiste qui associe à Rome la Ligue et le Mouvement cinq étoiles remet en cause sans nuances et sans complexes les règles communes. Que faut-il ici en dire ?

D’abord avec force que la crise vient du gouvernement italien et en aucune façon de l’Union européenne. Ce qui devrait être une évidence ne l’est pas pour tous, et c’est pour cela qu’il est essentiel de le rappeler énergiquement. Non messieurs les journalistes, ce n’est pas « la Commission européenne [qui] déclare les hostilités avec l’Italie » comme l’écrit l’Opinion du 24 octobre. Pas plus que ce ne serait « la Commission européenne qui vient de mettre un coup de boule à l’Italie » (Le Parisien du même jour). Ce n’est pas non plus « l’Europe qui engage un bras de fer avec l’Italie » (Le Figaro, même date).

Il s’agit exactement de l’inverse. Consciemment, le gouvernement italien se met hors-jeu, réalise une provocation inédite, teste la capacité européenne à défendre ce qui la fonde et qui fut si difficile à élaborer : une convergence des grands équilibres dans les politiques budgétaires qui respecte la liberté de chaque État à établir ses priorités dans la dépense publique à condition que celle-ci soit encadrée dans son coût global.

Ce rejet inédit par la Commission d’un budget, qui plus est de la troisième puissance de la zone euro, est infiniment regrettable mais ne pouvait pas être évité. Si le budget italien se devait d’être rejeté, c’est tout simplement parce qu’il est irréaliste, dangereux, en premier lieu pour le peuple italien et ensuite pour tous ses voisins.

Certaines priorités de ce budget sont légitimes et respectables : relance de l’investissement, réduction de la pauvreté, revenu minimum,… En ce qui me concerne, je les trouve même excellentes. En revanche, je suis plus sceptique sur la remise en cause de la réforme des retraites. Mais elles ne peuvent pas être financées sans redéploiements de l’ensemble des dépenses publiques, sans être contenues dans un taux de déficit acceptable. Au passage, notons que peu d’observateurs font remarquer que ce n’est pas le relèvement du déficit budgétaire à 2.4% du PIB qui pose problème mais bien le creusement du déficit dit « structurel » qui en découle. Cet indicateur, véritable baromètre de la santé budgétaire d’un pays, écarte du calcul ce qui a trait aux chocs conjoncturels. Pour l’Italie, il devait baisser de 0.6% et le budget proposé le fait bondir de 0.8%. Cette variation est considérable, car le déficit structurel ne se résorbe que lentement et au prix de réformes structurelles lourdes et difficiles pour les peuples.

On ne soigne pas l’accumulation excessive de dette (131% du PIB pour l’Italie) par toujours plus de dette. Le gouvernement italien feint de croire que cette politique de dépenses supplémentaires relancera la croissance mais aucun économiste sérieux n’y croit plus aujourd’hui.

Que va-t-il se passer maintenant ? Le gouvernement de Rome annonce qu’il ne changera rien à son programme. La crise va donc s’amplifier et la menace d’une pénalité budgétaire pouvant aller jusqu’à 0,2% du PIB (soit 3,4 milliards d’euro) se précise.

Si j’ai rappelé plus haut les titres énoncés dans la presse, c’est que la bataille de l’opinion sera décisive. La Commission européenne se trouve dans un goulot d’étranglement. Si elle ne sévit pas, elle passera pour laxiste et les peuples qui ont accepté la rigueur au cours des années passées crieront à l’injustice. Si au contraire, elle applique ses sanctions, nombreux sont ceux – y compris en France – qui dénonceront un acharnement sur une économie encore très fragilisée notamment à cause de son système bancaire.

Les échanges tendus entre les émissaires Italiens et la Commission vont durer un long moment et j’émets ici une hypothèse sur ce que sera l’issue de cette crise. Ce seront les marchés financiers qui vont trancher et faire bouger les Italiens. Il n’y a pas lieu d’en être fier mais c’est ainsi. Le coût de refinancement de la dette italienne va vite progresser. Les Italiens ont consacré l’année dernière 65 milliards d’euros au paiement d’une dette détenue à 40% par des investisseurs internationaux. Le spread, c’est-à-dire l’écart entre les taux d’emprunts italien et allemand à dix ans a déjà progressé dès l’annonce des tensions avec Bruxelles. Selon les observateurs, s’il dépasse les 400 points de base (donc 4%), cela deviendra intenable pour l’Italie. Et comme celle-ci n’envisage en aucune manière une sortie de la zone euro, elle devra faire face à un surenchérissement trop élevé du coût de sa dette.

Le projet européen toujours en construction ne peut s’affranchir d’un réalisme budgétaire. Si l’on veut pouvoir assumer pas à pas les défis de la transition écologique et modifier notre modèle de développement pour en tenir compte, il nous faudra de la sagesse, du bon sens et surtout une forte solidarité au sein de l’Union. C’est de convergence dont nous avons besoin, pas d’initiatives divergentes, aventureuses et solitaires. Pour nous Français, les Italiens sont nos cousins les plus proches, presque nos frères. Nous voulons continuer à avancer avec eux, pour le bien commun de tous les Européens. Cette crise nous éloigne. Espérons que cela ne sera qu’une parenthèse refermée le plus vite possible.

Robert Rochefort
Député européen


Brèves

Face aux géants numériques, l’Europe se réveille enfin

Après que la Commissaire Margrethe Vestager ait infligé des amendes records à Google pour abus de position dominante, c’est maintenant de fiscalité dont il s’agit. Les géants du numérique (ceux qu’on appelle les GAFA, mais il n’y a pas que ces quatre entreprises américaines) jouent des failles fiscales et s’arrangent pour ne payer que très peu d’argent en Europe. Le Conseil, à l’initiative de la France propose une taxe de 3% sur leur chiffre d’affaire au sein de l’Union destinée à compenser potentiellement ce manque à gagner et cette concurrence déloyale. Elle devrait rapporter de 5 à 9 milliards d’euros et il faut souhaiter que dans un avenir le plus proche possible l’OCDE décide d’une fiscalité unifiée qui soit étendue à tous les pays de l’organisation. Cette initiative est soutenue par presque tous les États membres à l’exception d’une petite poignée d’entre eux dans lesquels figurent l’Allemagne et l’Irlande. Bruno Le Maire, Ministre de l’Économie et des Finances, est venu plaider ce dossier au sein du Parlement européen. Robert Rochefort défend ardemment cette initiative. La France souhaite que la majorité au sein de l’assemblée soit la plus large possible afin que les pays hésitants se laissent enfin convaincre.

De jeunes européens de Bordeaux visitent le Parlement

Robert Rochefort a eu le plaisir d’accueillir à Strasbourg deux classes d’élèves de terminale du Lycée Sainte Marie de Bastide de Bordeaux. Il leur a fait découvrir le Parlement européen et son fonctionnement. Plus précisément, il leur a permis de comprendre les interactions entre son travail à Bruxelles et les travaux qui ont lieu lors d’une session plénière. Rappelons que l’année prochaine, ces jeunes adultes voteront pour la première fois à l’occasion du scrutin pour les européennes de 2019. Encore lycéens et déjà conscients de l’importance de l’Union européenne dans leur quotidien, notre avenir est entre leurs mains !

Un pas important dans la lutte contre la pollution marine

L’état de pollution de nos océans, en grande partie causé par des produits plastiques, est dramatique. Bien que la responsabilité de ce problème ne peut être endossée uniquement par l’Union européenne, nous prenons conscience peu à peu de l’effet de nos actions sur l’environnement. À cet égard, le Parlement européen a largement adopté un texte interdisant à partir de 2021, la mise sur le marché des produits plastiques à usage unique qui représentent plus de 70% des déchets marins et pour lesquels des alternatives existent (assiettes, couverts, cotons-tiges, pailles,…). D’autres objectifs de réduction ont été entérinés, tels que la réduction de 50% d’ici 2025 et de 80% d’ici 2030 des déchets issus des filtres à cigarette. Cette législation ambitieuse, soutenue par Robert Rochefort, est une étape qui va dans la bonne direction et place l’Union européenne à la pointe de la lutte contre la pollution marine.

Facebook a trahi la confiance des Européens

Suite au scandale Facebook-Cambridge Analytica, société soupçonnée d’avoir collecté illégalement des données sur Facebook et fait pencher le référendum en faveur du Brexit notamment, Robert Rochefort a soutenu une résolution demandant un audit complet de Facebook afin d’évaluer la sécurité des données circulant sur le réseau social. Avec cette affaire, le réseau social n’a pas seulement violé la confiance des utilisateurs européens, mais aussi le droit de l’UE, Facebook devrait donc modifier ses pratiques afin de se mettre en conformité avec la législation européenne sur la protection des données et assurer plus de transparence. Pour Robert Rochefort, il est urgent de mettre en place des mesures supplémentaires pour protéger nos démocraties et prévenir toute tentative de manipulation électorale future. L’interdiction du profilage à des fins électorales est une priorité. De plus, les publicités politiques payées devraient pouvoir être identifiées facilement et l’identification des faux comptes devrait être plus rapide afin de lutter contre la propagation volontaire des fake news.

Action Collective pour le Climat

Les préoccupations liées au changement climatique sont toujours plus présentes dans les débats du Parlement européen. Dernièrement, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) nous a à nouveau alerté sur la nécessité de modifier rapidement, radicalement et de manière inédite tous les aspects de la société. À l’initiative de son collègue Thierry Cornillet, Robert Rochefort a cosigné une lettre adressée au président du Conseil européen, M. Tusk, appelant à l’adoption d’un Pacte mondial de l’environnement (http://pactenvironment.org/fr/) et à l’adoption d’une position ambitieuse et unanime des États membres, afin que l’UE réaffirme sa volonté de rester un acteur majeur dans cette lutte.

Cliquez ici, afin de retrouver la lettre envoyée au président Tusk. »

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