EVENEMENTS

14 Avril 2010

 

Robert Rochefort réagit à la publication du rapport du Conseil d'Orientation des Retraites

 

"Les prévisions du Conseil d’Orientation des Retraites doivent être prises pour ce qu’elles sont : le rappel bien connu des conséquences de la démographie sans modifications des règles actuelles de calcul des retraites ; l’aggravation logique de cette situation produite par les effets de la crise économique et surtout par la montée du chômage. On peut néanmoins contester la forme dramatisée de présentation des résultats par la presse alors que le document par lui-même n’était pas encore disponible. Il est facile de faire peur en prolongeant des tendances jusqu’en 2050 ! Par ailleurs, il y a deux causes qui doivent être distinguées à l’origine des difficultés de financement liées à la démographie : l’allongement de la durée de la vie, qui est en soi une bonne nouvelle et qui devrait être pérenne ; la bosse démographique qui correspond au passage à la retraite des générations du baby-boom (naissances de 1945 à 1965) et qui elle n’est que temporaire, bien que durant au total près de 3 décennies. Faire l’amalgame des deux n’est pas une démarche honnête.

 

Néanmoins, une chose est sûre : la situation est très préoccupante et elle nécessite un très large dialogue, une remise à plat en toute transparence des différents éléments du système de retraite français. Il faut pour cela le temps nécessaire, or le calendrier annoncé par le gouvernement ne permettra pas cet échange approfondi. Cela est très regrettable ainsi d’ailleurs que la solution qui semble se dessiner d’une réforme a minima, destinée à tenir quelques années seulement, incapable de rassurer nos concitoyens – en particulier les plus jeunes – sur la pérennité du système et donc sur l’avenir.

 

Face à cela, il convient tout d’abord de réaffirmer nos valeurs et de refonder notre pacte intergénérationnel. C’est sur cette base que repose le principe de la retraite par répartition qui doit être préservé. C’est cela également qui force à mettre en place, « enfin » - aimerait-on dire - , l’assurance dépendance comme cinquième risque de la Sécurité Sociale. Ce sujet est lié à celui des retraites car il s’agit de garantir aux ainés d’aujourd’hui et de demain les moyens de faire face à leurs besoins et à vivre dignement. N’oublions jamais que l’angoisse de beaucoup de retraités d’aujourd’hui ne tient pas d’abord au niveau de leur pension du moment mais aux dépenses auxquelles ils auront à faire face plus tard en cas de survenance d’une perte d’autonomie voire à celle de l’un de leurs propres parents encore en vie. Plutôt que de distinguer les deux sujets, c’est donc à une recherche de solution commune, pouvant éventuellement comporter une contribution nouvelle qu’il faut s’atteler.

 

L’aversion de nos concitoyens – confirmé par tous les sondages – à accepter de reporter en droit ou en faits l’âge de départ en retraite, s’explique par la lassitude et la fatigue ressenties dans la vie professionnelle. La France est dans une situation aberrante : une productivité horaire record mais éreintante pour ceux qui ont un emploi, destinée à compenser un chômage structurel trop élevé et un temps de travail tout au long de la vie inférieur à ce qui s’observe chez nos voisins. Le tout en ayant abandonné depuis trop d’années déjà l’ambition de former les salariés au-delà de 50 ans et parfois même avant. C’est cela et rien d’autre qui nous a mené à cet accord plus ou moins explicite entre les pouvoirs publics et les partenaires sociaux en faveur des préretraites, et qui – quoi qu’on en dise – perdure dans les faits.

 

Il n’y a pas de réforme possible et acceptable incluant un allongement des durées de cotisation sans une modification des rythmes, des conditions de travail et des méthodes de management pour que l’activité professionnelle devienne épanouissant pour le plus grand nombre. En s’inspirant de la flex-sécurité telle que mise en place dans certains pays du nord de l’Europe, on doit mettre en place tout au long de la vie – et surtout dès 40 ans – des formations re-qualifiantes destinées à permettre à chacun d’évoluer, si nécessaire, vers une seconde carrière. C’est ainsi également que doit être appréhendée la question de la pénibilité. Il est injuste de ne rien faire sur ce sujet mais il serait particulièrement cynique de n’envisager en la matière que des départs anticipés en retraite à ceux qui du fait de leur travail perdent des années d’espérance de vie. Ceux qui souffrent d’une telle pénibilité dans leur travail ne doivent l’exercer qu’un nombre très limité d’années et se voir ensuite proposer un autre travail.

 

Il faut donc ré-inventer le travail après 50ans et y préparer les salariés dès avant avoir atteint cet âge pivot. C’est une réflexion globale qu’il faut entamer en prenant en compte par exemple les motivations qui varient au cours de la vie active. En règle générale, après 50ans, on ne recherche plus d’abord des avancées rapides de carrière, des hausses de rémunérations, des responsabilités d’encadrement plus importantes. Les motivations s’orientent plutôt vers la qualité du travail « bien fait », un rythme plus choisi dans l’organisation du temps, une part de son temps destiné à transmettre ce que l’on a appris aux générations plus jeunes.

 

Il faut permettre également que l’exercice de l’activité puisse se faire à temps partiel. On observe souvent chez les salariés quinquagénaires un désir d’évoluer ainsi qui est contrecarré par la rigidité des entreprises – ou pire encore des administrations – mais aussi par l’inquiétude de ne pas assez cotiser pour la retraite. Il convient donc d’inventer des formules qui autorisent après un certain âge l’achat de droits contributifs à la retraite en complément de ceux que fournit un travail à temps partiel. Bref, si l’on ne ré-enchante pas le travail, si l’on n’y introduit pas davantage de respect, de capacité d’autonomie et de créativité, on ne rendra pas acceptable l’allongement de la vie professionnelle.

 

Ces éléments incitent à évoluer vers un système de retraite par points. C’est la seule façon de rétablir une lisibilité permanente sur les droits que chacun acquière tout au long de sa vie professionnelle et donc de pouvoir choisir – au moins en partie – le moment de son départ. C’est également une façon simple d’envisager un rapprochement progressif entre les différents systèmes de retraite, d’intégrer les périodes de cotisations à l’étranger. La retraite calculée par la formule des « comptes notionnels » est une variante intéressante de la retraite par points qui permet de pondérer les droits en fonction de l’espérance de vie des différentes générations.

 

Nous pensons également qu’il convient de reconnaître l’action bénévole et de permettre qu’elle donne lieu à l’acquisition de points de retraite. Le vieillissement démographique force à reposer la question des contributions que chacun peut apporter à l’intérêt général. Des seniors plus nombreux constituent une chance et un potentiel pour entretenir et réactiver le lien social. On doit réfléchir à des contrats pluriannuels passés entre des retraités et des associations d’intérêt général, reconnues comme telles par la collectivité, dans des thèmes comme l’aide sociale ou humanitaire, le soutien scolaire ou la ré-alphabétisation, l’accompagnement des malades ou des personnes seules qui procurent à ceux qui s’y impliquent des suppléments de droits validés pour leur retraite.

 

Une fois la question ainsi reposée dans toute sa globalité – mais seulement après que cela soit fait - il faut bien aborder les recherches de solutions financières. Celles-ci peuvent intégrer un allongement des durées de cotisations mais il ne serait ni juste ni suffisant d’en rester là. Il convient également – dans un souci de justice sociale – d’élargir l’assiette des cotisations liées au travail à tous les éléments qui y échappent ( intéressement, indemnités de départ « négocié », stock-options, etc … ) et de correctement identifier dans les dépenses des caisses de retraite, ce qui ressort de la solidarité nationale et qui doit être financé comme tel, principalement par la CSG."

 

Robert Rochefort.

 

 

 

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