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12 Mai 2011

 

A l'occasion de la fête de l'Europe, Robert Rochefort revient, en toute franchise, sur son attachement à l'Europe, son quotidien de Député, avec les réussites et les difficultés qu'il implique.

 

A quand remonte votre engagement européen ?

 

J'avais une vision de l'Europe très abstraite avant de devenir député européen. J'étais évidemment pro européen, cela faisait partie de ma réflexion. Si je vous dis que mon père a fait la guerre de 1914, ça va vous étonner... Je fais encore partie de ceux pour lesquels l'Union européenne représente la fin de la guerre. Les jeunes de moins de 30 ans ne peuvent pas avoir notion de ce que ça veut dire, mais je l'ai vécu.

 

Je suis devenu député européen parce que mon engagement politique l'a rendu possible mais surtout parce que mon parcours et mon profil d'expert, d'économiste pendant près de 30 ans, à m'occuper des questions de consommation et de mode de vie au CREDOC, collaient assez bien. Les parlementaires européens ont davantage besoin d'une expertise technique que les députés nationaux. Nous sommes à cheval entre le travail d'un parlement classique et celui d'une haute d'administration.

 

Cela doit impliquer un important travail d'équipe entre députés du Mouvement Démocrate ? Vous vous organisez par spécialités ?

 

Oui. Nous nous répartissons les principaux sujets entre les cinq députés du Mouvement Démocrate. Ils renvoient aux travaux en commissions. Malheureusement, il y a bien plus de cinq commissions, nous n'arrivons pas à tout couvrir, tout suivre... Nous pouvons alors compter sur nos autres confrères députés du groupe ADLE.

 

Je suis pour ma part spécialisé dans le marché intérieur et la protection des consommateurs. C'est en quelques sortes la commission de l'économie concrète : la micro économie, ce qui touche aux TPE et PME. Nous faisons en sorte de leur permettre de travailler le mieux possible, d'utiliser le potentiel de marché de l'Europe, tout en protégeant les consommateurs.

 

Quelles sont vos priorités en la matière ?

 

Deux sujets requièrent actuellement toute mon attention. Le premier est le Single Market Act. Son objectif est d'intensifier encore le dynamisme économique européen. Le Commissaire en charge du marché intérieur est français, il s'agit de Michel Barnier. Je dois reconnaître que nous avons avec lui une coopération fructueuse, il essaye de faire avancer les choses dans le bon sens. Je travaille en parallèle sur un sujet législatif, qui va donner lieu à une directive, un texte de loi qui sera ensuite transposé dans les législations nationales. Il porte sur les droits des consommateurs, en particulier sur internet.

 

Ce qui change actuellement dans les modes de vie, dans la consommation et l'économie, c'est notamment le développement du commerce sur internet. Cinq pour cent des achats de biens et de services se font aujourd'hui sur le web, dans quinze ans nous devrions atteindre les vingt-cinq pour cent. La consommation évolue d'autant : nous ne sommes plus obligés d'acheter à la boutique en face de chez soi, ni même sur un site de notre pays de résidence. D'une certaine manière, nous ne pêchons plus au bord des côtes mais en pleine mer. C'est une opportunité pour l'économie en Europe, mais cela nécessite aussi pour le consommateur d'être mieux protégé.

 

Lors de vos prises de position, défendez-vous d’abord l’Europe ou la France ?

 

Bien sûr, au Parlement européen, il peut nous arriver d'être tiraillés entre le fait de jouer complètement la carte de l'Europe et de l'autre celle de son pays d'origine. Nos statuts sont clairs : nous sommes élus par le peuple européen dans sa globalité, c'est le Conseil des chefs d'États et de gouvernements qui a pour fonction de défendre les intérêts nationaux. Et puis il y a quelque chose dans cette maison qui fait, qu'en réalité, une fibre européenne et un sentiment d'appartenance très forts sont en action. Il faut être dans l'hémicycle pour s'en rendre compte, pour le ressentir, mais le Parlement européen est imprégné d'un dépassement de soi, de son pays, pour aller vers davantage d'Europe.

 

Cet état d'esprit est lié à un point à mes yeux essentiel : nous sommes tous élus à la proportionnelle. Aucun groupe de députés n'est majoritaire. Deux groupes doivent s'accorder pour qu'un texte soit voté. De là découle une optique et un travail collectifs. Pour la directive sur les droits des consommateurs, nous travaillons notamment dans un petit comité avec un représentant de chaque tendance. Je représente pour ma part le groupe ADLE. Il est intéressant de voir qu'alors que tout devrait nous opposer – le positionnement politique, la culture nationale, la langue -, nous arrivons à nous entendre et à avancer ensemble.

 

Cette fibre européenne ne semble pas toujours se ressentir chez les citoyens…

 

L'Europe, c'est une mécanique originale et qui marche. Elle déçoit, souvent, parce qu'en tant que citoyen nous avons le sentiment qu'elle ne prend pas forcément les bonnes décisions ou qu'elle les prend tard. Mais elle avance aussi, considérablement même, sur des sujets de la vie concrète.

 

C'est toute notre difficulté : nous nous entendons plus sur des thèmes concrets de la vie de tous les jours que sur des thèmes majeurs. Nous interdisons tel composé chimique dangereux dans les produits détergents, nous créons une norme pour les jouets afin de protéger nos enfants, … Dans la directive sur les droits des consommateurs, nous nous apprêtons à acter le fait que dans toute l'Union européenne, les citoyens auront droit à un délai de rétraction de 14 jours après leur achat, contre souvent 5 jours actuellement en France.

 

En revanche, nous n'arrivons pas à lutter contre le dumping social ou le dumping fiscal, à faire que l'Europe soit moins naïve sur le reste du monde, à freiner l'ouverture aux entreprises chinoises quand la Chine ne s'ouvre pas à nos entreprises, à avoir un chef commun qui ait du pouvoir et dont la parole soit entendue.

 

C'est une drôle d'Europe que voient les citoyens. Une Europe utile pour le quotidien mais une Europe défaillante politiquement sur des enjeux majeurs. Je comprends que les gens se disent « Ils sont marrants, ils décident de la façon de faire une semelle de chaussure, mais sont incapables d'avoir la tête en haut et de s'accorder sur les grands sujets. C'est le drame d'aujourd'hui. C'est pourquoi nous défendons plus d'Europe. La question reste : comment y arriver ?

 

 

 

 

 

 

 

 

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