29 Mars 2011
Marketing ethnique ? - Tribune de Robert Rochefort parue dans l'Express

"La succession ininterrompue de commerces ethniques dans certaines de nos rues me met mal à l’aise. Qu’il s’agisse de la vente d’alimentation, de vêtements, de cosmétiques ou de restauration rapide, elle amplifie la ségrégation spatiale dans l’habitat, elle accélère la ghettoïsation des quartiers populaires. Les consommateurs qui n’appartiennent pas au groupe visé ne s’arrêtent plus précipitant la faillite des derniers commerces à la clientèle généraliste. Quand aux membres des communautés concernées, ils finissent par ne plus acheter ailleurs. Bien loin de favoriser l’intégration républicaine, tout cela installe au contraire un inquiétant communautarisme à l’anglo-saxonne. Cela concerne d’abord les origines ethniques mais aussi les appartenances religieuses. Bien que nous n’en soyons pas encore là, je redoute une société où, les musulmans, les juifs, - et pourquoi pas un jour les catholiques traditionnalistes ?- auraient chacun leurs marchés réservés.
Consommer, c’est une façon de vivre ensemble. On peut critiquer le poids excessif de la mode, mais elle véhicule des signes partagés par le plus grand nombre. On peut dénoncer la « dictature » des grandes marques qui uniformisent nos achats à des prix élevés, mais – à condition de garder un minimum de sens critique à leurs égards - je préfère encore cela à une segmentation ethnique de nos achats qui n’assure pas toujours le niveau de qualité suffisant pour les produits proposés et qui fait que chaque groupe ne connait même pas l’existence des produits qu’achètent les autres.
Chacun doit disposer du choix le plus large possible pour ses achats. Mais je préfère pour cela des rayons de produits indiens, africains ou chinois, hallal ou casher dans un grand nombre de petits supermarchés et s’il le faut quelques boutiques ethniques au sein de zones commerciales généralistes. Cela permet au surcroit à tout un chacun de gouter aux produits des autres. Je n’ignore pas non plus que les commerces ethniques vendent souvent des produits très peu chers à des groupes à faible pouvoir d’achat. Là encore, c’est au commerce traditionnel de savoir s’adapter, aux discounters si nécessaire d’offrir des gammes de produits de toutes origines, ce qu’ils font d’ailleurs déjà dans les quartiers populaires. Quand aux élus locaux, ils doivent préserver la diversité des commerces. Qu’ils utilisent pour cela leur plan local d’urbanisme et leur droit de préemption. A eux de préserver la diversité au détriment du repli communautaire y compris dans le commerce."
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21-24 Mai 2012: session plénière du Parlement européen à Strasbourg
