24 août 2010
Pourquoi les Roms ?

Sur l'inacceptable de la stigmatisation des Roms vivant sur notre territoire, tout a été dit. On se doit d'apporter sa voix à cette dénonciation indispensable. Mais, il y a deux points qu'il faut clarifier : Pourquoi avoir fabriqué de toute pièce cette affaire, s'agit-il d'un simple dérapage ? Quelles seront les conséquences de cette erreur majeure de la part de l'UMP et de l'aile la plus sarkoziste du gouvernement ?
On se souvient que le début de la surenchère sécuritaire démarre il y a quelques semaines dans les banlieues avec les émeutes de la Villeneuve à Grenoble. Il est aisé de déceler tout l'intérêt supposé qu'il y avait à détourner l'intérêt des Français du sujet lourd de la réforme indispensable des retraites lui-même bien pollué par les affres de l'affaire Woerth-Bettencourt. On voit bien également le débordement vers la droite extrême destiné à contrer un retour du Front National.
Allons y donc allègrement pour franchir un cran de plus dans l'amalgame facile et nauséeux entre l'immigration et la délinquance. Jusqu'ici, c'étaient les personnes issues du Maghreb et d'Afrique noire qui étaient visées. Or, il s'agit à une très forte majorité, de population d'origine musulmane qui pour une partie d'entre elles pratiquent plus que jamais cette religion dans une optique de résistance et d'affirmation identitaire.
En plein début du ramadan et alors que le plan Vigipirate a été renforcé à cause de menaces de renforcement du risque terroriste, il fallait au ministre de l’intérieur une autre population cible. Le choix des Roms présente à cet égard beaucoup d’avantages : en plein été tout le monde voit des personnes de ces groupes se livrer à une « mendicité organisée » au cœur des grandes villes ; on rapproche cela aisément du sentiment d’insécurité ancré depuis longtemps face aux « gens du voyage », bien qu’il s’agisse de populations bien différentes ; enfin et surtout on trouve à bon escient un groupe non musulman, puisque de religion chrétienne, plus précisément orthodoxe pour tous ceux qui viennent de Roumanie.
Voilà donc la possibilité de stigmatiser sans risque– pense-t-on- car cette population n’est soutenue par personne. Tout cela n’en est que plus dénonçable d’un point de vue moral. Pas étonnant du coup –mais visiblement non anticipé par les instigateurs de cette affaire – que les dignitaires de l’Eglise catholique fassent entendre leurs voix haut et fort. Non pas tant par solidarité chrétienne de principe que parce que les réseaux associatifs qui viennent en aide à cette population comportent un certain nombre de militants chrétiens et aussi parce qu’il est dans la mission de l’Eglise de dénoncer les mauvais traitements faits à ceux que tout le monde oublie. Heureusement, elle n’en a pas le monopole, mais il faut que l’affaire soit grave pour qu’elle s’exprime publiquement.
Quelle sera au final l’efficacité de ces reconduites spectaculaires dans le pays d’origine ? D’un point de vue démographique très faible évidemment. Qu’on en juge : sur les 8500 Roms actuellement en France, le gouvernement s’est fixé comme objectif d’en renvoyer 700 soit moins de 10 pour cent. On nous affirme que seuls les volontaires s’en vont et que pour les y inciter on attribue une prime de retour de 300 euros par personne. Quant on sait que l’on trouve sur internet des vols en provenance de Bucarest aux alentours de 200 euros, même si ce n’est pas le moyen de transport naturel de ces personnes, on se doute bien que le retour de beaucoup de ceux qui partent est déjà programmé. Car enfin quelle perspective ont-ils, dans l’état actuel des choses, de reconstruire une vie décente en Roumanie ou en Bulgarie ? L’évidence, c’est la nécessité d’une collaboration entre tous les gouvernements concernés sous l’égide des autorités européennes. On en est loin.
Quant aux répercussions sur le terrain politique national, le pouvoir ne rencontrera pas le succès escompté. Les ficèles sont trop grosses, l’injustice trop flagrante, pour que le soutien populaire soit massif. Il y a certes des tentations régressives – surtout dans ces temps où la crise économique est loin d’être finie – mais aussi un puissant réflexe humaniste qui ne pourra que se renforcer face à un tel débordement et une atteinte aux valeurs, issu de tous les courants philosophiques qui ont fait la France, du Christianisme, aux lumières en passant par tous les autres idéaux républicains.
La droite sécuritaire a voulu se refaire une santé, elle risque fort de se retrouver avec tous les autres courants politiques contre elle. Les polémiques à l’intérieur de la majorité – qui ne sont pas finies – laisseront certainement des traces, instilleront le doute sur l’avenir. A l’international comme dans l’hexagone, c’est l’image d’un pouvoir déjà bien affaibli, menacé d’éclatement au moment même où il précipite sa préparation des échéances à venir que l’on retiendra. Pour tous les humanistes, cela sonnera comme un rappel que c’est d’abord sur le terrain des valeurs que l’on doit construire et reconstruire les forces politiques.
11 Février 2012 :Troisième Forum sur le thème "Le nouveau contrat social : sécurités et solidarités", à Paris
13-16 Février : Session plénière du Parlement européen, à Strasbourg
25 Février 2012 : Quatrière Forum sur le thème "Le nouveau contrat démocratique", à Paris
