EVENEMENTS

21 Octobre 2010

 

« On ne peut plus réformer en passant en force »

 

Robert Rochefort répond aux questions du journal Les Echos sur la réforme des retraites.

 

 

 

 

 

A quoi attribuez-vous le durcissement du conflit sur les retraites ?

Cette réforme n'est pas acceptée mais, en même temps, la mobilisation n'a pas comme mot d'ordre de la retirer purement et simplement. C'est quasiment la première fois que l'opinion a le sentiment qu'il faut vraiment une réforme des retraites et accepte l'idée qu'il faudra travailler plus longtemps. Le problème, c'est qu'on a à nouveau confondu la capacité à faire cette réforme avec un pur acte d'autoritarisme. Cet autoritarisme du pouvoir ne fait pas confiance au dialogue sincère et constructif entre partenaires et, surtout, il veut aller plus loin que le point d'équilibre possible pour montrer sa force. La ressemblance est incontestable avec le CPE. Après avoir fait passer le CNE, Dominique de Villepin a voulu le CPE et ça a cassé. Nicolas Sarkozy pouvait faire passer le report à 62 ans mais, en ajoutant la borne des 67 ans, il s'est mis dos au mur en cristallisant toutes les oppositions.

La France est-elle impossible à réformer ?

Je suis convaincu du contraire, mais c'est compliqué. A chaque fois qu'il y a une réforme significative, l'ensemble des angoisses accumulées de la société se réveille. La violence qui apparaît dans certaines manifestations est le fruit de ce malaise qui s'est installé au fil du temps. Dans cette affaire, Nicolas Sarkozy paie beaucoup de blocages accumulés, certains de son fait, d'autres qui lui sont antérieurs. Le sentiment d'injustice, qui est très grand, s'est installé avant lui, même s'il n'a pas réussi à l'atténuer -il s'est même amplifié, souvent à juste titre.

Ce serait donc surtout une question de méthode…

Pour beaucoup. Le chef de l'Etat a un comportement trop politicien, trop tacticien. Face à la radicalisation du conflit, on le sent tenté par une sorte d'effet « chienlit » dans lequel il pourrait en appeler aux tréfonds de la société pour qu'elle lui demande de rétablir l'ordre. Nicolas Sarkozy marque et accentue à dessein les clivages. Or je suis convaincu -c'est le sociologue qui parle -qu'on ne peut plus réformer la société française en jouant sur les clivages ou en passant en force. C'est fini dans les sociétés occidentales et encore plus dans une France blessée par les réformes avortées des années passées. Les réformes ratées s'accumulent comme des sédimentations successives dont il reste la trace, y compris pour les jeunes générations.

Le climat social s'est-il dégradé depuis dix ans ?

Ce qui me frappe, c'est qu'on est devant une accumulation de désespoir et un manque d'espérance. C'est particulièrement criant chez les jeunes. Il y a ceux qui cassent des vitrines, issus des quartiers de relégation et qui ne croient plus à rien. Il y a les 150.000 jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans avoir une formation satisfaisante, situation connue depuis tellement longtemps sans que l'on y change quoi que ce soit. Et il y a les autres, qui voient le chômage des jeunes atteindre un niveau inégalé avec la crise. Mais tous ont un point commun : ils se voient sans avenir ou avec un avenir très chaotique. Tout comme les seniors face à la réforme des retraites, les jeunes ont besoin que l'on crée des emplois et que l'on redonne du sens au travail. Je suis étonné que personne n'en parle.

Propos recueillis par Pierre-Alain Furbury, Les Echos.

 

Pour retrouver l'article en ligne sur le site des Echos, cliquez ici

 

 

 


Retour

PROCHAINEMENT

21-24 Mai 2012: session plénière du Parlement européen à Strasbourg

NEWSLETTER
VIDEOS

PRÉSENCES WEB
facebook