« Le gouvernement cantonne le Produire en France au lieu d’en faire une priorité transversale »

Dans une tribune publiée par le JDD, Robert Rochefort rappelle que « chaque heure, six petites entreprises mettent la clé sous la porte ». Il propose huit mesures pour faire enfin du « Made in France » une vraie priorité nationale.

Le « made in France » fait un retour spectaculaire. Considéré comme ringard, lorsque durant la présidentielle j’avais publié Produire en France, c’est possible (ed. Odile Jacob), il figure désormais en bonne place des arguments des entreprises. Les consommateurs sont plus nombreux à marquer leur préférence pour des produits fabriqués dans l’hexagone. Signe de son succès, on accuse cette tendance d’induire un moindre intérêt pour les produits verts. Comme si la composante citoyenne du consommateur avait muté, préférant se mobiliser face à l’urgence sociale du chômage plutôt qu’à l’impératif à long terme de la préservation de la planète. Même l’Europe découvre enfin que le « made in » a de l’intérêt tant la désindustrialisation n’est pas un apanage français. À l’encontre d’une pensée faussement libérale et bien naïve, le commissaire européen Antonio Tajani et le Parlement européen, étudient une directive qui réhabilitera à la fois le « made in Europe » et le « made in pays d’origine ».

Et pourtant les choses ne s’enclenchent pas vraiment. Chaque heure, six petites entreprises mettent la clé sous la porte. L’arrêt des pianos Pleyel – dernier fabricant français – nous rappelle que des métiers d' »ouvraisons artisanales », transmis de génération en génération, sont en train de disparaître. Fagor, le dernier fabricant d’électroménager blanc en France (Vedette, Brandt,…) est en redressement judiciaire. On se prend à crier : « Mère Denis, réveille-toi, ils sont devenu fous! ».

Pourquoi donc, malgré les bonnes intentions, malgré le déguisement sympathique d’un Ministre en matelot breton, malgré les frémissements du marché, ne se passe-t-il rien ou… presque rien ? La réponse est simple : au lieu de se disperser sur un nombre excessif de dossiers, à l’importance inégale et qui fracturent sans cesse la société française, le pouvoir n’a pas compris que l’urgence force à se concentrer sur trois ou quatre thèmes seulement, fortement interconnectés les uns avec les autres et qui sont de puissants fédérateurs de l’unité nationale : la production dans notre pays ; la recherche développement sur les techniques d’avenir menée au niveau européen ; le soutien à l’esprit entrepreneurial ; l’insertion professionnelle des jeunes.

Pour que les choses bougent, il faudrait faire du « produire en France » une priorité gouvernementale transversale qui mobilise toutes les énergies, et non pas une activité cantonnée à un Ministre parmi d’autres, locataire d’un étage à Bercy, croisant – froidement dit-on – ses collègues dans l’ascenseur et ne disposant pas de tous les leviers d’action nécessaires.

Voici ce qu’il serait urgent d’appliquer :

– établir un pont entre universités et PME innovantes dans tous les territoires en conditionnant les aides aux unes et aux autres à la construction de ces partenariats;

– inciter fortement les conseils régionaux et les grandes intercommunalités à mettre en place des pôles de compétitivité pour assurer le modèle « coopératif » du développement des innovations, qui n’est pas contradictoire avec la libre concurrence;

– réformer profondément les marchés publics en sécurisant juridiquement l’adjudication au mieux disant par rapport à celle, trop fréquente, au moins disant, et pour cela établir la liste des critères à prendre en compte, comme le transport et la maintenance au long cours des produits achetés;

– allonger la durée de garantie à cinq ans afin de freiner les achats d’objets importés au moindre prix;

– faire le ménage parmi les labels trompeurs, et promouvoir ce qui garantit une production régionale, française, ou européenne. À cet égard, le label « CE », est perçu comme témoignant de l’origine européenne, alors qu’il assure seulement une conformité aux normes exigées au sein de l’Union;

– recentrer l’apprentissage et consacrer les fonds de la formation professionnelle à des stages garantissant aux chômeurs des qualifications dans les filières où la production est effective;

– rééquilibrer les emplois aidés vers les entreprises en réduisant le taux de subvention de ces emplois pour limiter les effets d’aubaine;

– adopter une fiscalité moins défavorable aux productions intérieures à taux de prélèvement constant, et imposer des clauses de réciprocité dans les accords de partenariats entre l’Union européenne et les autres espaces continentaux.

Si nous parvenions ainsi, sans aucun protectionnisme à ce que chaque consommateur, chaque collectivité, modifient un achat sur dix, en optant pour un produit « fabriqué en France », au lieu d’acquérir un produit anonyme du bout du monde, le déficit de notre commerce extérieur serait réduit de moitié. L’activité pourrait repartir et plusieurs centaines de milliers d’emplois seraient créés sans que cela coûte un euro de plus en fonds publics. Sans cela, je ne crois guère à une amélioration durable de la situation économique dans notre pays. On se condamne à un taux de croissance trop faible voire nul, comme cela a été le cas au troisième trimestre de cette année, pour refaire partir l’emploi, seul gage de retour de la confiance dans l’avenir : l’avenir le vrai, pas celui des slogans gouvernementaux (plan d’avenir pour la Bretagne, emplois d’avenir pour les jeunes…) qui ne servent qu’à colmater des brèches sans préparer le futur.

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