L’avenir de l’Union européenne en 3 questions

Je ne peux commencer cet édito sans avoir une pensée pour le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, Jean Mazières, Christian Medves, Hervé Sosna, et leurs familles, ainsi que pour les blessés de l’attentat du 23 mars dernier. Ce sont l’Aude, la France mais bien évidemment toute l’Europe qui sont en deuil. Ces drames nous rassemblent, renforcent notre conviction que la barbarie ne pourra triompher.

Permettez-moi maintenant d’aborder trois points avec vous. Ce sont des réponses à des questions qui m’ont été posées, ainsi qu’à quatre autres députés européens issus des différents groupes parlementaires, par des étudiants venus d’Angers, au cours d’un intéressant débat à Bruxelles il y a quelques jours (Cfr brève ci-dessous).

 

1) Quel rôle pour le Parlement et le député européen dans la politique de l’UE ?

Faire vivre une conscience européenne, permettre l’appropriation par le peuple européen que nous représentons d’un projet européen, faire émerger une citoyenneté européenne et à terme rassembler les populations des États membres pour arriver à ce qu’existe un peuple européen sont autant de missions pour lesquelles j’œuvre en tant que député européen.

Ce projet est beau, il est ambitieux, peut-être encore utopique dans l’état actuel des choses et c’est celui que je porte. La construction européenne est un processus, l’Union est en perpétuel chantier. Il faudra du temps pour qu’elle se réalise pleinement.

Avouons-le, la tâche est terriblement complexe. Chaque député appartient à la fois à un groupe politique, porteur d’un projet global mais il est également issu d’un pays membre qui lui aussi a une vision bien précise de l’Europe, largement déterminée par son histoire, ses combats passés, sa culture et aussi sa géographie.

Si l’on dit souvent à juste titre que le Parlement de Strasbourg n’est pas celui des affrontements bloc contre bloc et des joutes verbales, il est au contraire celui de la recherche du compromis, de la construction des majorités d’idées et de projets. Ce mode de travail décrié par beaucoup n’est pourtant pas sans rapport avec ce que le Président Macron cherche à faire depuis presqu’un an, ni de ce que produit la grande coalition en Allemagne.

 

2) Quels sont les enjeux des élections du Parlement européen de 2019 ?

L’honnêteté force d’abord à exprimer une forte crainte. Ce n’est pas être extrêmement pessimiste que de redouter une très forte modification de la carte des élus qui siègeront d’ici un peu plus d’un an à Strasbourg. En 2014, la France a fait sensation avec l’arrivée d’un tiers de députés issus du Front National. Qu’en sera-t-il en 2019 ? On peut se poser la question lorsqu’on voit la Ligue du Nord (alliée au parti de Marine Le Pen) victorieuse dans toute l’Italie du Nord depuis les toutes dernières élections législatives, l’Alternative fur Deutschland menacer le scrutin en Allemagne, les positions insupportables du parti au pouvoir de M. Orban en Hongrie auxquelles on peut ajouter des visions identiques aussi bien en Pologne qu’en Autriche et bien ailleurs… Les fossoyeurs du projet européen sont aux portes de l’Institution maîtresse de la légitimité de tout ce qui a été bâti depuis des décennies, bien imparfaitement certes, mais dont le discernement force à faire un bilan qui ne peut être seulement négatif : zone euro, Programme Erasmus, émergence récente mais significative de l’Écologie, libertés publiques et depuis peu résistance aux surpuissances (monopolistiques) sur nos territoires des Google, Facebook et autres géants du numérique…

Alors comment faire et que proposer ? Le Président Macron veut sortir du dilemme « pour ou contre l’Europe » pour adopter cet objectif précis et large à la fois : aller vers « une Europe qui protège ». L’idée est juste mais il convient certainement de lui donner du contenu, de l’épaisseur, de la crédibilité.

On pourrait pour cela utiliser les têtes de chapitre certes habituelles, mais d’une criante nécessité : avancer vers l’Europe de la défense, améliorer la gestion des migrations, renforcer la transition écologique, créer un véritable budget européen, adopter la règle de la majorité plutôt que celle de l’unanimité au Conseil (sur la fiscalité par exemple), accorder au Parlement le pouvoir de voter les recettes du budget européen ou de disposer du pouvoir d’initiative en proposant des directives (deux prérogatives dont il ne dispose pas). Mais gageons qu’il sera peut-être difficile de galvaniser les électeurs en procédant ainsi.

Et si un autre angle d’attaque était possible ? Celui justement avancé par la troisième question de nos étudiants.

 

3) Quel dialogue avec la jeunesse européenne ?

Les étudiants d’aujourd’hui peuvent-ils imaginer un monde dans 30 ans, lorsqu’ils seront en situation de pleine responsabilité ?  Un monde dominé par les empires devenus hégémoniques aux côtés des États-Unis que sont la Chine, l’Inde, le Brésil… L’Europe sera soit un ensemble d’États confettis, soit une puissance intégrée parlant d’une seule voix et pleinement reconnue en mesure de mener l’un des grands combats qui nous attendent : celui de la démocratie – pensons notamment aux défis mais aussi aux risques que pose l’arrivée de l’Intelligence artificielle -, de la liberté d’agir et de penser, de la solidarité et de la réduction des inégalités (car si ces dernières continuent à progresser partout comme nous le voyons aujourd’hui, alors les sociétés se déliteront de l’intérieur).

Il faut expliquer aux concitoyens et aux jeunes en particulier que la « fédération » – que l’on utilise le mot ou pas – est le seul débouché réaliste à moyen terme. Oh, ce n’est pas un concept abstrait, nous devons rappeler comment un pays proche des nôtres dans l’Histoire, les États-Unis, a créé ce système politique qui maintient une large autonomie dans la diversité des États mais traduit simultanément une volonté d’unité pour peser sur les affaires du monde.

Nous devons affirmer devant la jeunesse qu’il faudra bien un jour que le président des États d’Europe soit élu au suffrage universel par tous les citoyens de l’Union, seule façon de disposer d’une voix légitime et forte, qui soit, si ce n’est écoutée, en tous cas entendue et respectée.

Une Europe unie devra aussi redonner une priorité aux ambitions sociales. Depuis le sommet de Göteborg, il y a quelques frémissements en ce sens mais cela n’est qu’une esquisse de ce qu’il faudra accomplir.

Il nous faut enfin leur rappeler que l’Europe s’est construite pour mettre fin à la guerre entre nos peuples. Et que plus récemment, si l’Union européenne n’avait jamais été constituée, la guerre des monnaies nationales aurait fait se prolonger les rivalités violentes entre nous.

Alors face à ceux qui ne comprennent pas les enjeux brutaux, les ressorts de la mondialisation et donc la manière d’y gagner notre place, Bruxelles joue le rôle du bouc émissaire et beaucoup voudraient en faire une « victime expiatoire ». Le grand philosophe René Girard nous a montré en quoi cette façon de nous comporter est typique des sociétés humaines en créant un bouc émissaire. Comme si lutter contre Bruxelles pouvait souder des opinions disparates. C’est une voie sans issue, une course perdue d’avance. Ouvrons les yeux, croyons à l’Europe pour mieux la réformer. Les jeunes d’Angers, de France et de toute l’Union auront à découvrir peu à peu qu’elle est la meilleure solution pour faire face aux défis à venir. C’est l’affaire de leur génération plus que de toute autre.

 

Robert Rochefort
Député européen

 

Brèves

 

Robert Rochefort a pris part à une table ronde sur le rôle et l’avenir du Parlement

Robert Rochefort a participé, avec 4 de ses collègues eurodéputés français, à une table ronde organisée par 3 masters de l’Université Catholique de l’Ouest d’Angers. Le débat était animé par les étudiants eux-mêmes, soucieux de l’avenir de l’Union, notamment après l’échéance des élections de 2019. Robert Rochefort a tenu à développer des thèmes qui lui tiennent à cœur, comme la nécessité de prendre en compte les besoins spécifiques de la jeunesse dans les politiques européennes ou encore le soutien qu’il faut fournir aux initiatives sociales portées par l’Union.

 

Un Comité pour la protection des abeilles

Robert Rochefort a rejoint le Comité de soutien des élus à l’abeille et aux apiculteurs. Depuis les années 90, les apiculteurs constatent des dysfonctionnements et une fragilisation de cette espèce. De nombreux scientifiques, ainsi que des spécialistes du secteur sont convaincus que les abeilles sont durement touchées par l’utilisation abusive de certains pesticides et par la perte de biodiversité découlant de l’agriculture intensive. Le rôle de ce Comité sera de former un réseau d’élus transcendant la logique partisane et sensibles aux enjeux relatifs au secteur apicole et plus largement aux questions environnementales.

Visite d’étudiants de l’Université de Pau à Strasbourg

Robert Rochefort a eu le plaisir de recevoir un groupe de visiteurs venus de sa circonscription. Ces étudiants en master de droit européen de l’université de Pau ont ainsi pu découvrir les rouages du Parlement de Strasbourg. Les sujets européens étaient au cœur de leurs préoccupations : budget de l’Union, élections de 2019, montée des extrémismes et de l’euroscepticisme en Europe, rapport entre les groupes politiques et au sein de ces derniers dans le Parlement. Cette visite concluait leur voyage d’étude au sein des différentes institutions et les confortera dans leur volonté d’œuvrer pour construire davantage l’Union européenne.

Futur cadre des relations UE-UK post-Brexit 

Robert Rochefort, lors de la dernière session plénière, a voté en faveur la résolution sur le Brexit visant à exposer le futur cadre des  relations entre l’UE et le Royaume-Uni suite à sa sortie de l’Union européenne. Un accord d’association pourrait se révéler adéquat pour ces futures relations : il se baserait sur quatre piliers. Les relations commerciales et économiques, la sécurité intérieure, la coopération dans le domaine des affaires étrangères et de la défense et enfin la coopération thématique, par exemple en matière de projets transfrontaliers de recherche et d’innovation.

 

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