La France,de nouveau au rendez-vous de l’Europe ?

Au cours de l’élection présidentielle française, il y a eu non pas deux mais trois visions de l’Europe portées par les différents candidats : celle des partisans d’un affaiblissement allant du détricotage  de certain traités jusqu’à l’éclatement pur et simple de l’Union, celle d’une relance par la voie intergouvernementale, et enfin celle d’une relance fondée sur la restauration du couple Franco-Allemand dans une optique fédéraliste. C’est cette dernière, portée par Emmanuel Macron, qui a heureusement triomphé.

Il n’est pas sûr que les électeurs aient perçu toutes ces sensibilités. Il n’est pas sûr non plus que l’Europe ait été leur première priorité dans ce scrutin. Doit-on pour autant minimiser ce que représente la victoire d’Emmanuel Macron pour l’idée européenne ? Non, évidemment. Si le nouveau Président français arrive à mener sa politique dans ce domaine, ce sera pour l’Union une véritable opportunité lui permettant de repartir de l’avant, en ce moment tellement stratégique où le malaise est latent, où le Brexit rend indispensable un contre-choc positif.

Je pense d’ailleurs qu’il n’est pas plus mal que la campagne ait abordé les grands principes vis-à-vis de l’Europe plutôt que la mécanique de fonctionnement de l’Union en tant que tel. Il est heureux finalement que la question européenne se soit trouvée mêlée à bien d’autres et qu’en définitive les électeurs – les plus jeunes en particulier – l’aient perçue comme l’une des composantes naturelles d’une large vision incluant l’ouverture générale au monde, la tolérance, la fraternité élargie à nos voisins. Le tout sans naïveté et comme la seule solution digne et réaliste pour affronter les défis du moment.

Dans les semaines, dans les mois à venir, il nous faudra donc reprendre énergiquement le chantier européen, et nous devrons changer la vision d’institutions bruxelloises éloignées de la vie quotidienne des Européens, seulement obsédées par les grands équilibres financiers – même si ceux-ci doivent être respectés par tous, au nom du bien commun.

Une opportunité s’offre à nous : la Commission européenne, comme elle s’y était engagée, remet au goût du jour et actualise le « socle européen des droits sociaux ». Elle veut en faire une priorité, une réalité concrète et une responsabilité commune rappelée à tous les Etats.

De quoi s’agit-il ? De conférer aux citoyens des droits nouveaux et plus efficaces ou de conforter ceux qui existent déjà en s‘appuyant sur 20 principes clés (présentés ci-dessous). Pour ne citer ici que quelques-uns de ces thèmes, je retiendrai en particulier « l’apprentissage et le droit à la formation tout au long de la vie, l’égalité des chances pour tous, l’interdiction des abus concernant les contrats de travail atypiques, des salaires minimums appropriés dans chaque pays de l’Union, une protection sociale pour tous ».

Le débat arrive au Parlement sur ce socle des droits sociaux. Il devrait déboucher sur une déclaration commune des trois principales institutions européennes.

C’est au sein de la commission « emploi » qu’il est actuellement engagé. J’y défends la vision équilibrée portée par les démocrates et libéraux. Nous devons surtout viser à ce que cette future déclaration ne reste pas des belles paroles, que des indicateurs chiffrés objectifs permettent d’établir le degré d’avancement de chaque ligne de ce programme et de faire en sorte que l’échéance désormais importante du « semestre européen » – au cours de laquelle chaque État membre rend compte de sa feuille de route économique et budgétaire – soit complétée par une analyse éclairante de ses progrès en matière sociale.

Par cette élection, la France a surpris le monde et s’est révélée à elle-même. Fuyant les peurs n’amenant qu’au triste repli sur soi, elle a prouvé qu’un pays, supposé bloqué, peut faire preuve d’audace pour sortir de l’ornière. En ce sens, elle inverse la tendance repérée chez plusieurs de nos voisins au cours des années passées. Nous vivons peut-être un point de basculement. Après avoir douté de l’idée européenne le temps est venu de croire à nouveau à grande échelle à son avenir. Oui l’Europe doit être protectrice pour ses citoyens, grâce à ce socle de droits sociaux complété par les législations nationales des États membres et parce qu’elle le sera de façon plus efficace et unie, elle pourra être offensive pour tenir une place majeure dans le monde.

 

Robert Rochefort, Député européen

 

Les vingt principes clés du socle européen des droits sociaux

 

Chapitre I. Égalité des chances et accès au marché du travail

  1. L’éducation, la formation et l’apprentissage tout au long de la vie
  2. L’égalité entre les femmes et les hommes
  3. L’égalité des chances
  4. Le soutien actif à l’emploi

 

Chapitre II. Conditions de travail équitables

  1. Un emploi sûr et adaptable
  2. Les salaires
  3. Des informations sur les conditions d’emploi et une protection en cas de licenciement
  4. Le dialogue social et la participation des travailleurs
  5. L’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée
  6. Un environnement de travail sain, sûr et bien adapté et la protection des données

 

Chapitre III. Protection et insertion sociales

  1. Des services de garde d’enfants et d’aide aux enfants
  2. La protection sociale
  3. Les prestations de chômage
  4. Le revenu minimum
  5. Les revenus et pensions de vieillesse
  6. Soins de santé
  7. L’inclusion des personnes handicapées
  8. Les soins de longue durée
  9. Le Logement et l’aide aux sans-abri
  10. L’accès aux services essentiels

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